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Le bokashi compostage : une méthode éthique pour recycler ses déchets ?

Entre promesses écologiques et défis pratiques, le compostage bokashi séduit de plus en plus d'urbains. Mais cette technique japonaise est-elle vraiment éthique pour l'environnement et les animaux ?

Par Marie-Claire Lefebvre4 min de lectureParis, FR
Composteur bokashi dans un jardin verdoyant
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Face à l'urgence climatique et à la pollution croissante, de nombreux foyers cherchent des solutions pour réduire leurs déchets organiques. Le compostage bokashi, venu du Japon, gagne en popularité, notamment dans les zones urbaines où le compostage traditionnel est difficile. Mais cette méthode, qui utilise des micro-organismes pour fermenter les déchets, soulève des questions éthiques : est-elle vraiment respectueuse de l'environnement ? Implique-t-elle des souffrances animales ? Nous avons enquêté auprès d'experts en permaculture et d'associations environnementales pour démêler le vrai du faux.

Qu'est-ce que le bokashi et comment fonctionne-t-il ?

Le terme 'bokashi' signifie 'matière organique fermentée' en japonais. Contrairement au compostage aérobie classique, qui repose sur l'oxygène et une décomposition lente, le bokashi utilise un seau hermétique et un activateur contenant des micro-organismes efficaces (souvent des lactobacilles, des levures et des bactéries photosynthétiques). Les déchets alimentaires (y compris la viande, le poisson et les produits laitiers, habituellement exclus du compost) sont déposés en couches avec l'activateur, puis pressés et scellés. En l'absence d'oxygène, la fermentation lactique se produit, transformant les déchets en un pré-compost liquide (le 'jus de bokashi') et un solide riche en nutriments, utilisable en quelques semaines dans le jardin ou en pot.

Selon une étude de l'Université de Tokyo, ce processus réduit les émissions de méthane de 84% par rapport à la décharge, car la fermentation lactique produit principalement du dioxyde de carbone et de l'acide lactique, moins nocifs. Cependant, des chercheurs de l'INRAE soulignent que si le bokashi est mal géré, il peut générer des odeurs nauséabondes et attirer les nuisibles, ce qui pose des problèmes éthiques en milieu urbain.

L'impact environnemental : un bilan nuancé

L'un des principaux arguments en faveur du bokashi est sa capacité à valoriser des déchets que le compostage classique ne peut traiter, comme les restes de viande et de poisson. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), environ 30% des déchets alimentaires en France sont des protéines animales, qui finissent souvent à l'incinération ou en décharge, générant des gaz à effet de serre. Le bokashi permet de les recycler, réduisant ainsi l'empreinte carbone des ménages.

Cependant, la production des activateurs bokashi (souvent à base de son de blé ou de riz) peut avoir un impact environnemental non négligeable. Une analyse de cycle de vie menée par des chercheurs de l'Université de Leeds a montré que si l'activateur est importé de pays lointains, son bilan carbone peut annuler les bénéfices du compostage. De plus, certains activateurs contiennent des additifs chimiques, ce qui soulève des questions sur leur biodégradabilité et leur toxicité potentielle pour les sols.

Le bien-être animal : une préoccupation légitime

Une question éthique centrale concerne le traitement des déchets animaux. Les partisans du bokashi affirment que la fermentation lactique dégrade les protéines sans créer de putréfaction, évitant ainsi les odeurs et les nuisibles. Mais des associations de protection animale, comme L214, s'interrogent : 'Le fait de composter de la viande ne normalise-t-il pas la consommation de produits animaux, en donnant l'impression que ces déchets sont 'propres' ?' Selon elles, le bokashi pourrait détourner l'attention de la nécessité de réduire la consommation de viande à la source.

De plus, certains praticiens du bokashi utilisent des activateurs contenant des sous-produits animaux (comme des farines de viande ou des os broyés), ce qui peut poser un problème pour les végétaliens et les personnes soucieuses du bien-être animal. Heureusement, des alternatives végétales existent, comme les activateurs à base de levure ou de son de riz.

“Le bokashi n'est pas une solution miracle, mais un outil parmi d'autres pour réduire notre empreinte. L'essentiel est de repenser notre rapport aux déchets et à la consommation animale.”

— Marie Dupont, permacultrice et autrice de 'Composter en ville'

Pratiques et précautions pour un bokashi éthique

Selon un guide de l'association Zero Waste France, le bokashi peut être intégré dans une stratégie globale de réduction des déchets, à condition de respecter ces bonnes pratiques. Il est également recommandé de combiner le bokashi avec un compostage classique ou un lombricompostage pour traiter les déchets végétaux.

Alternatives éthiques au bokashi

Pour ceux qui doutent de l'éthique du bokashi, d'autres solutions existent. Le lombricompostage, qui utilise des vers de terre, est entièrement naturel et ne nécessite pas d'activateurs importés. Cependant, il ne peut traiter la viande ou les produits laitiers. Le compostage aérobie traditionnel, en tas ou en bac, est plus simple et ne produit pas de jus, mais il prend plus de place et de temps.

Les poules sont aussi une option pour les foyers avec jardin : elles transforment les déchets alimentaires en œufs et en engrais, avec un impact animal minimal si elles sont élevées en plein air. Selon une étude de l'Université de Wageningen, les poules peuvent réduire de 50% les déchets organiques d'un ménage.

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